Vernis

Les vernis synthétiques à solvant ne sont pas adaptés à la lutherie. Leur dureté est très insuffisante. Ils ont tendance à adhérer à la peau. Il vieillissent mal ou de façon inconnue vu le manque de recul. Ils recouvrent le bois sans l’imprégner. Ils soulèvent les fibres qu’il faut ensuite poncer, etc.

vernis
La difficulté du vernis en lutherie, c’est qu’il ne s’agit pas d’un problème de recette comme on le dit parfois, mais d’un artisanat à part entière, avec ses procédés, ses techniques, ses gestes.

Vernis à l’alcool
Vernis à solvant, composé du véhicule (alcool) et de gommes et résines. Les vernis à l’alcool sont particulièrement difficiles à appliquer sur un grand instrument comme le violoncelle, en raison d’un temps d’application extrêmement bref. L’application de chaque couche menace la couche précédente. Les retouches sont délicates.

Les vernis à l’huile
Leur principe est totalement différent d’un vernis à solvant: l’huile de lin (ainsi que d’autres huiles végétales comme l’huile de noix) subit avec l’exposition à l’oxygène et aux rayons ultraviolets des transformations chimiques (polymérisation de macromolécules et réticulation entre les polymères) qui la rendent solide. La solidification n’implique pas l’évaporation d’un solvant. Une fois solidifiées, les couches sont stables et résistantes aux couches suivantes.
L’huile pénètre naturellement le bois, s’y intègre, ne soulève pas les fibres. Elle peut être appliquée au chiffon en couches infinitésimales. Elle peut être travaillée longuement. Elle a tendance à former un film microscopique très régulier. Elle donne au bois une chaleur naturelle et un toucher d’une grand douceur. Elle permet de réaliser des vernis extrêmement légers. Une fois bien solidifiée, au fil des mois et des années, elle forme avec les fibres de bois une sorte de matériau composite de surface (fibre-résine) que j’imagine être favorable à la résonance.
Le défaut de l’huile de lin, c’est le temps nécessaire à sa solidification, et son caractère poisseux si elle n’est pas parfaitement solidifiée. Comme techniques pour contrôler ce processus: la cuisson préalable de l’huile, l’adjonction de siccatifs (certains pigments comme les oxydes de fer peuvent jouer ce rôle), l’application en couches très fines.

UVBOX
Vernis huile-résine
Certaines résines sont solubles dans l’huile à chaud. J’ai redécouvert que le mastic en larmes, une résine d’un petit arbuste méditerranéen dont certaines îles grecques se sont fait spécialistes, a la propriété non seulement d’être soluble à chaud dans l’huile de lin, mais en plus d’être probablement siccatif, puisque le vernis ainsi obtenu, tout en se travaillant longtemps, sèche en 24 heures dans la chambre à UV. La résine donne au vernis sec une plus grande dureté. J’ai lu que les peintres connaissaient cette formule connue sous le nom de « vernis cristal ». C’est le vernis que j’utilise actuellement.

Encollage
Pour éviter que l’huile n’imprègne le bois en profondeur, plusieurs types d’encollage sont utilisés sur le bois brut. Ils sont tous à base de protéines animales: Encollage à la colle animale diluée (d’où le nom du processus), au blanc d’oeuf, à la gélatine alimentaire. J’ai utilisé par commodité la dernière solution. Faire fondre 1-2 feilles de gélatine alimentaire dans 1 dl d’eau chaude. Appliquer 2-3 couches au pinceau en séchant bien entre les couches.

Pigments
Je m’approche peu à peu de la couleur dont je rêve: légère, chaude, laissant bien voir l’onde du bois. Il ne faut poser les couches pigmentées qu’après avoir obtenu un beau vernis de fond incolore. Mieux vaut poser plusieurs couches très fines, en veillant à éclaircir un peu le vernis pour éviter que la charge de pigement ne rende le vernis abrasif.
J’utilise du Rouge de mars (un oxyde de fer initialement violacé, mais qui vire à l’orange au contact de l’huile, probablement par changement de degré d’oxydation), ainsi que du Bleu de prusse en petite quantité. Ces pigments sont ajoutés au vernis à la molette sur plaque de verre.

Gomme laque
Belle matière première, comestible, produite par un insecte, qui entre dans la composition des vernis à solvant alcoolique. La marque allemande PNZ (www.pnz.de) fabrique une émulsion aqueuse de gomme laque très facile à appliquer au chiffon. On la trouve en Suisse dans les assortiments Coop et Jumbo. Son seul défaut: l’eau déposée sur les pièces risque de les déformer, affaiblit les collages, soulève les fibres. Mais c’est une solution simple. Certains pigments pour vernis à l’eau du commerce sont compatibles avec ce vernis. Il faut rapidement et complètement sécher les pièces après chaque application, et poncer entre les premières couches au papier de verre fin (320 à la première couche, 600 ou 800 aux couches suivantes). Nombre de couches: min 6-8.

UV
Séchage
Une boîte à UV (ci-contre) avec 4 tubes ultraviolets «black light» de 18 Watts me permet de diminuer le temps de solidification à 24 h environ. Les parois intérieures sont recouvertes d’aluminium. Le rayonnement UV est assez intense dans la boîte, comme en témoigne la fluorescence intense de la ficelle de suspension du manche (ci-dessous). Eviter d’exposer sa cornée ou sa peau à ce rayonnement.
A défaut de boîte à UV, il faut espacer les couches de 7-10 jours au minimum.